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Technique : les mystères de la digiscopie !        


Voici quelques informations sur la fameuse "Digiscopie", une méthode photographique qui relève du bricolage mais qui peut s'avérer très efficace avec un peu de pratique. Durant mes premières années de photographie, ce fût mon unique moyen de photographier les oiseaux. Actuellement, je possède un matériel reflex en complément. Les différentes méthodes d'approche des oiseaux que j'utilise sont aussi décrites, car savoir s'immiscer dans la vie de son sujet est indispensable pour réaliser des belles images, quel que soit le matériel dont on dispose.

 


Le but de cette partie est d’exposer mon expérience dans l’approche des oiseaux, qui me permet de faire les photos présentées sur ce site. L’un des avantages de la digiscopie est d’obtenir de forts grossissements. Néanmoins, il faut quand même être près des oiseaux pour tirer de beaux portraits. En France, ou la chasse est très développée, les oiseaux sont très craintifs envers l’homme. Il suffit souvent de pointer un oiseau du doigt pour provoquer son envol, et il en va de même lorsqu’on en vise un avec une longue-vue ou une paire de jumelles. Leur crainte de l'homme est omniprésente. Les oiseaux ont l'oeil vif, ils sont très attentifs à ce qui se passe autour d'eux, même lorsqu'ils chassent, se toilettent ou se reposent. Ils ont une très bonne vue et détectent les moindres mouvements autour d'eux et les moindres formes anormales. On ne pourra jamais se camoufler assez pour s'effacer le leur vue. La meilleure façon de s'approcher des oiseaux est alors de briser la silhouette humaine, afin d'être vu, certes, mais pas forcément comme un humain, juste comme un élément étranger du paysage qui ne représente pas forcément un danger.

L’approche

S'approcher d’un oiseau à pied en vue de le photographier est délicat. Les hérons ou les rapaces ont par exemple des distances de fuite très importante. Il faut tenter de s’approcher sans trop se montrer, par exemple accroupi, lentement, par étapes, de préférence sous un filet de camouflage (en digiscopie, avec le trépied c'est assez fastidieux!). Il faut observer le comportement de l’oiseau pour voir s’il se sent en confiance ou s’il est prêt à décoller, au quel cas il faut s’arrêter tout de suite s’il n’est pas encore trop tard. Il est important de prendre son temps, d’avancer en diagonale plutôt que tout droit en direction du sujet. Mieux vaut prendre quelques photos à chaque étape, car l’oiseau s’envolera subitement et il sera alors trop tard… Personnellement j'utilise très peu l'approche car la plupart du temps, si ce n'est tout le temps, on ne fait que déranger l'oiseau sans faire la moindre photo intéressante.


Linotte mélodieuse prise lors d'une tentative d'approche.
Canon Powershot S45, 1/1000, F/2,8, 50 iso. Zoom de la Zeiss 50X, zoom de l'APN au mini.


La voiture

C’est un excellent moyen d’approcher les oiseaux. Ceux-ci sont beaucoup moins craintifs envers un véhicule, même en mouvement, qu’envers un humain. Une buse sur un poteau au bord de la route sera insensible à un véhicule passant, alors qu’elle s’envolera dès qu’un piéton marchant sur cette même route s’approchera à moins de 200 mètres. Bien entendu, il vaut mieux posséder un véhicule silencieux (pas comme mon Express), de couleur pas trop flash (avec le temps la peinture blanche de mon Express est de moins en moins flash, il faut voir le bon côté des choses...), même si les oiseaux ne semblent pas trop sensibles à cela. Il faut éviter de freiner brutalement à hauteur d’un oiseau, car ce comportement n’est pas « normal » pour l’oiseau. Si vous repérez un rapace par exemple au bord d’une route ou d’un chemin un peu tard, le mieux est de continuer sa route, puis de faire demi tour 200 mètres plus loin. Ensuite, il faut revenir en s’approchant très progressivement et en freinant très peu, de préférence avec le frein à main pour éviter d’allumer les feux stop. Il faut éviter d'avoir des freins qui couinent comme c'est le cas sur mon Express... Cette méthode peut marcher, mais dans beaucoup de cas quand même l’oiseau s’envole à des distances un peu limites pour obtenir de belles images. A l’intérieur de la voiture, il est possible de déployer de trépied autour du siège passager pour prendre des photos à droite. Côté chauffeur on peut trouver assez de stabilité en appuyant de trépied replié contre la portière. Il est important de couper le moteur pour éviter les vibrations, même si des fois c’est ce qui provoque l’envol des oiseaux… Une fois arrêtée la voiture est un bon affût, les oiseaux peuvent venir très près. Mon meilleur souvenir c’est une Huppe, qui après que je me sois approchée d’elle à 15 mètres, est venue d’elle-même se toiletter au pied de la voiture, trop près pour que je puisse la prendre en photo !


Hibou moyen-duc repéré juste au bord de la route. J'ai continué ma route, puis j'ai fait demi-tour 200 mètres plus loin avant de m'approcher à nouveau très lentement. L'oiseau est resté 45 min avant de partir (c'est quand même exceptionnel comme situation...).
Canon S45, 1/200, F/2,8, 50 iso. Zoom de la Zeiss 20X, zoom de l'APN au mini (oiseau trop près...). Gommage du vignetage sous Photoshop.


Les observatoires aménagés

Certains observatoires se prêtent bien à la photo, notamment sur les lacs et étangs pour les canards et les hérons. Les oiseaux sont forcément habitués à cette structure et peuvent s’en approcher très près, si toutefois il n’y a pas trop de bruit dans l’observatoire, ce qui est rarement le cas, surtout quand un crétin vient y faire un tour avec son chien…
Les observatoires sont intéressants car ils sont souvent le seul point d’accès dans les zones protégées. Une limite cependant de ces structures est qu’elles sont souvent situés en hauteur afin de permettre une vue dégagée. On ne peut alors que prendre des photos en plongée, et une image de héron ou de canard prise en plongée ne vaudra jamais une image prises au ras de l’eau.

Butor étoilé pris depuis un observatoire. Le fait d'être en hauteur était ici un avantage pour photographier cet oiseau qui reste très souvent dans la végétation.
Canon S45, 1/320, F/3,5, 50 iso. Zoom de la Zeiss 20X, zoom de l'APN 12 mm.


L’affût

La meilleure solution, mais pas la plus facile, est de se trouver devant l’endroit ou l’oiseau va venir se poser pour chanter ou pour chasser. Ceci nécessite de cibler l’oiseau que l’on veut photographier, et de l’observer longuement pour repérer ses habitudes. Ainsi, on remarque que la Gorgebleue vient toujours chanter sur la même branche, que la Pie-grièche utilise toujours les mêmes postes d’affût, que la Mésange qui apporte de la nourriture dans son nid fait souvent étape aux mêmes endroits avant d’aller dans son nid.

Une fois le bon endroit repéré, il faut, en l’absence de l’oiseau, se positionner (faire attention à l’orientation du soleil) et se camoufler comme on peut. Dans l’idéal, il faut monter un vrai affût, et le laisser longtemps sur place pour que les oiseaux s’y habituent. Concrètement, il y a peu d'endroit où l'on peut laisser un affût sans qu'il disparaisse très vite... Personnellement, je me mets par terre, le plus accroupi possible, avec un filet de camouflage, par-dessus la tête qui me recouvre ainsi que le matériel. Ce filet doit bien sur être ajouré, afin que l'on puisse observer ce qui se passe autour de nous. Sans filet, on peut simplement utiliser un drap ou une veste pour se camoufler un peu, le but étant de briser le plus possible la silhouette humaine. Ensuite, il faut attendre sans bouger, 4 heures s’il le faut. Les passereaux s’habituent assez vite à notre présence. Ensuite, il faut être réactif si l’oiseau vient comme prévu, mais il faut éviter de faire des mouvements brusques avec la longue-vue, car l’oiseau n’est forcément pas trop en confiance. Bien sur ça ne réussit pas à tous les coups, loin de là... Il arrive également très souvent que l'oiseau vienne comme prévu, mais que le moindre mouvement de la longue-vue pour le cadrer le fasse repartir tout de suite. C'est très frustrant, mais lorsqu'on arrive à faire la photo espérée, on est envahi par un grand sentiment de satisfaction!




Cincle plongeur pris lors d'un affût sous filet de camouflage. Bien que les couleurs ne se fondent pas très bien dans l'environnement, la silhouette de l'homme est brisée et le cincle est venu par curiosité très près de moi. Fuji F30, 1/800, F3,6, 100 iso. Oculaire Zeiss 30X, zoom de l'APN 8 mm.



Fauvette grisette prise grâce à un affût fixe de fortune placé devant un poste de chant (abri de randonnée Quechua recouvert d'un filet). La pose d'un affût fixe que j'ai laissé plusieurs semaines était indispensable pour cet oiseau qui est trop farouche pour s'habituer en quelques heures à un simple affût sous filet. Canon S95, 1/400, F3,5, 100iso. Zoom 20-60 à 20x, zoom de l'APN 12 mm.

Concernant les photos faites près du nid, il y a des règles à respecter, car il faut éviter de déranger les oiseaux qui pourraient échouer leur reproduction. Si le dérangement est trop important, on s’en rend vite compte, les parents alarment et ne viennent plus nourrir leurs jeunes, ou partent du nid et ne couvent plus. Il faut alors vite s’éclipser et abandonner la partie. Ce dérangement dépend des espèces. Les mésanges, par exemple, y seront peu sensibles, alors qu’un pic épeiche ou un pic vert n’acceptera peut-être pas votre présence.

Le déclenchement à distance

Dans certains cas précis, il peut être intéressant de pouvoir prendre des photos sans être là. Amateur de modélisme, j’ai bricolé un système avec une radiocommande de modèle réduit. Ceci permet de déclencher des photos à plusieurs centaines de mètres. Cette méthode est tout de même peu utilisée car on ne peut modifier le cadrage et les réglages de l’APN. Il faut peaufiner les réglages au mieux avant de s’éloigner du matériel pour maximiser les chances d’avoir une photo réussie. J’ai utilisé cette méthode pour photographier le pic mar (rare dans ma région) au nid, ce qui m’a permis de faire de bons cliqués sans induire le moindre dérangement, les oiseaux n’étant qu’à peine intrigués par la présence de la longue-vue à environ 10 mètres de la loge.




Système de déclenchement à distance.
Le matériel vient de ma voiture radiocommandée. Un récepteur est alimenté par un accu et peut commander 2 servos (moteurs). L'un est fixé au dessus du déclencheur et en agissant sur la radiocommande l'axe blanc tourne et vient déclencher la photo.
A droite, Fuji F30, 1/8, F3,2, 200 iso. Zoom de la zeiss 20X, zoom de l'APN 10 mm. La vitesse d'obturation de 1/8 est très longue, mais le déclenchement à distance permet d'éviter les vibrations. Les oiseaux restent souvent totalement immobiles quelques instants, ce qui n'était pas ce jour là pour me déplaire...
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