Accueil L'Auteur Ethique Technique Galerie Actualités Liens Contact

Technique : les mystères de la digiscopie !        


Voici quelques informations sur la fameuse "Digiscopie", une méthode photographique qui relève du bricolage mais qui peut s'avérer très efficace avec un peu de pratique. Durant mes premières années de photographie, ce fût mon unique moyen de photographier les oiseaux. Actuellement, je possède un matériel reflex en complément. Les différentes méthodes d'approche des oiseaux que j'utilise sont aussi décrites, car savoir s'immiscer dans la vie de son sujet est indispensable pour réaliser des belles images, quel que soit le matériel dont on dispose.

 



Le but de cette partie est de détailler la technique de la digiscopie et les réglages importants qui permettront de faire de bonnes photos.

Dans un premier temps, il faut veiller à bien positionner son APN par rapport à la longue-vue. L’objectif de l’APN doit être aligné le plus parfaitement possible avec l’oculaire de la longue-vue. De plus, il faut faire attention à la distance qui sépare l’objectif de l’oculaire de la longue-vue. Dans l’idéal il doit être réglable, car la distance idéale dépend par exemple de la position du zoom de la longue-vue. La distance idéale est celle pour laquelle le vignettage (bords noirs) est le moins prononcé. Il faut bien faire attention à cette étape. En effet, avec mon matériel, j’ai une plage de distance pour laquelle le vignettage reste minimal, mais au sein de cette plage, il y a tout de même des différences. J’ai remarqué que plus j’éloigne l’APN de la longue-vue, plus l’image perd en netteté à l’approche des bords. Il faut donc faire des essais pour trouver la bonne distance (peu de vignetage et bonne netteté sur toute l’image), et ceci dans l’idéal pour chaque combinaison de position de zoom de la longue-vue et de l’APN... Eh bien c’est pas fini !!!

Une fois l’APN bien positionné, il va falloir utiliser au mieux les possibilités de son APN pour réaliser les meilleures images possibles. Voici mes conseils :

Réglages de base

Bien entendu, toujours travailler avec la taille maximale d’image et le taux de compression minimal que propose l’APN, afin d’utiliser tous les pixels disponibles et de pouvoir stocker le moins d’images possibles sur la carte mémoire (ah oui il faut prévoir une grosse carte mémoire…). Utiliser même le mode RAW si disponible. Il faut également penser à couper le flash, j’ai déjà raté une photo à cause de ça…

Mode de prise de vue et évaluation de la lumière

Dans la plupart des cas, le mode priorité ouverture est le mieux adapté. Pour chaque photo, les 2 paramètres de prise de vue déterminant l’exposition sont la vitesse d’obturation et l’ouverture. La vitesse d’obturation est le temps pendant lequel le capteur sera exposé à la scène que l’on photographie. 1/500 signifie que le capteur reçoit la lumière pendant 1/500ème de secondes. Ce laps de temps doit être le plus court possible, afin d’éviter les images floues dues au mouvement du sujet ou de la longue-vue pendant la prise de vue. L’ouverture (F/) est le degré de fermeture du diaphragme. Plus cette valeur est élevée, plus le diaphragme limite la quantité de lumière qui passe dans l’objectif. Fermer le diaphragme permet d’augmenter la profondeur de champ, c'est à dire la plage de distance ou tout sera net sur la photo. En digiscopie, cette profondeur de champ est naturellement assez élevée, et souvent il faut laisser la valeur minimale pour laisser passer toute la lumière et obtenir une vitesse d’obturation élevée. Maintenir une profondeur de champ faible permet également d'avoir un sujet qui se détache mieux de l'arrière plan sur la photo. Par contre, si vous voulez par exemple prendre 2 oiseaux posés l'un à côté de l'autre sur une branche il vaudra mieux essayer d'augmenter la profondeur de champ afin d'avoir les 2 oiseaux bien nets. Le mode priorité ouverture permet de fixer cette valeur d’ouverture. Ensuite, lors d’une prise de vue, l’appareil détermine la vitesse d’obturation permettant une bonne exposition de la scène. Si la lumière est très forte, il faudra augmenter la valeur d’ouverture, car sinon même avec la vitesse d’obturation la plus rapide, la scène sera surexposée. Il faut se fier aux indications fournies par l’APN.


Un couple de guêpiers d'Europe.
Fuji F30, priorité ouverture, 1/950, F/3,4, 100 iso,  oculaire Zeiss 30X, zoom de l'APN 8 mm. La mise au point a été faite sur le 1er guêpier, et le 2ème derrière est en dehors de la zone de netteté. Une ouverture de F/8 aurait permis une meilleure netteté sur le 2ème guêpier. Pour cette photo il y avait assez de lumière pour fermer le diaphragme à F/8, mais ce n'est pas toujours le cas.



Il existe sur les APNs plusieurs modes d’évaluation de la lumière. Le classique est l’évaluation multizone, l’appareil recueille alors des informations sur l’ensemble de l’image pour évaluer la meilleure exposition possible. Une autre est la mesure spot ou centrale, l’APN évalue alors l’exposition en se basant uniquement sur ce qui est au centre de l’image. Le premier mode correspond mieux aux cas ou la lumière est uniforme. Par contre, si un oiseau est fortement éclairé sur un fond plutôt sombre, il sera surexposé. Un oiseau à contre jour sera au contraire très sombre car l’appareil sera aveuglé par la lumière en arrière plan. Dans ces cas, la mesure centrale est utile, il faut alors bien mettre le sujet au centre de l’image quand on appuie à mi course sur le déclencheur pour évaluer et mémoriser les paramètres d’exposition. Attention cependant car la mesure spot peut entraîner des paramètres de prise de vue trop extrêmes si le centre de l'image est vraiment très clair ou très sombre. Dans certains cas il vaut mieux opter pour un mode de mesure multizone et mettre une compensation d'exposition (paragraphe suivant). Certains appareils comme chez Canon proposent un mode multizone à prédominance centrale, qui peut être un bon compromis.

Suivant le sujet que l’on souhaite photographier, il peut être nécessaire de corriger l’appareil et de mettre une compensation d’exposition. Par exemple, pour photographier un oiseau à contre jour, il pourra être nécessaire dans certains cas de mettre une compensation d’expo de +1/3 ou +2/3, ce qui permettra de rendre l’oiseau moins sombre. Au contraire, pour photographier un oiseau blanc comme une aigrette en plein soleil, il faudra une compensation d’exposition négative. Sinon, il y a de fortes chances que le plumage blanc soit brulé, c'est-à-dire surexposé et uniformément blanc, on perd alors tous les détails du plumage et c’est souvent irrécupérable (parfois un fichier Raw permet néanmoins de faire des miracles). Par la suite, de petites retouches sous un logiciel de traitement d'images comme Photoshop permet d'améliorer l'aspect général de la photo (par exemple retouche de luminosité/contraste, tons foncés/tons clairs).

Une aigrette en plein soleil: Fuji F30, mode de mesure multizone, 1/1000, F/8, 100 iso, compensation d'expo -5/3. Zoom de la zeiss 20X, zoom de l'APN 12 mm. Petite retouche des tons foncés/tons clairs sous Photoshop pour éclaircir l'arrière plan.

Un bécasseau cocorli à contre jour: Fuji F30, mode de mesure spot, 1/950, F/3,4, 100 iso, compensation d'expo +1/3. Zoom de la zeiss 20X, zoom de l'APN 12 mm.


Avec un peu plus d’expérience, et si l’APN le permet, on peut travailler en mode manuel et choisir les 2 paramètres d’exposition. Il ne faut pas hésiter, les APNs compacts ont l’avantage, quand on appuie à mi course sur le déclencheur, de permettre une visualisation de l’image telle qu’elle sera prise sur l’écran. Il est ainsi facile d’évaluer rapidement si la scène sera surexposée ou sous-exposée avec les paramètres choisis, et d'effectuer les corrections nécessaires.

NB : - J’ai remarqué avec mon matériel que le fait de fermer le diaphragme améliore la netteté sur les bords de l’image. Il peut être important de prendre ceci en compte.

La sensibilité iso

Rester au minimum si possible, afin d’éviter le bruit numérique sur les images. Avec mes APNs, je me permets de monter à 200 iso quand la lumière manque (en sous-bois par exemple ou tôt le matin) mais au-delà les images deviennent assez médiocres. Ceci est valable pour les compacts classiques. Certains appareils hybrides munis d'un capteur plus grand (micro 4/3 par exemple) supportent bien entendu mieux la montée en sensibilité iso.


Un Pouillot siffleur pris en sous-bois très sombre.
Fuji F30, 1/15, F3,4, 200 iso. Zoom de la zeiss 20X, zoom de l'APN 12 mm. La vitesse d'obturation de 1/15 est longue, j'ai utilisé le retardateur à 2 secondes pour éviter les vibrations.

La balance des blancs

Les APNs permettent en général de choisir la balance des blancs suivant les conditions de lumière ambiantes. Suivant les APNs il peut être préférable d’ajuster cette balance des blancs manuellement plutôt que de la laisser sur auto. Par exemple, sur le Fuji F30, en balance des blancs auto les images sont très ternes et manquent nettement de couleur. Si vous photographiez en Raw, le réglage de la balance des blancs peut se faire après la prise de vue sur l'ordinateur. C'est un avantage non négligeable.

Le déclencheur souple

Il peut être intéressant de bricoler un déclencheur souple afin de prendre des photos sans toucher à l’appareil. Ceci évite le flou du au bougé. Personnellement, je peux prendre des photos avec une vitesse d’obturation de 1/100 sans avoir de bougé, mon brillant record, exceptionnel, étant une photo de grimpereau en sous-bois à 1/12 parfaitement nette avec une focale de 1000 mm! Mais cela reste exceptionnel. Pour moi le déclencheur souple n’est pas indispensable, quand le temps de pause est trop long, j’utilise le retardateur à 2 secondes. Je suis alors moins réactif mais les longs temps de pause se prêtent de toute façon uniquement à des oiseaux qui ne bougent pas. Le déclencheur souple devient néanmoins très utile lorsque l'on côvavatoie des grosses focales (au delà de 1500mm), car il devient alors facile de provoquer des vibrations trop importantes en appuyant sur le déclencheur de l'APN.

La mise au point

Il est nécessaire de faire une pré-mise au point sur la longue vue. Celle-ci est faite directement sur l’écran de l’APN. Ensuite, l’autofocus de l’appareil se chargera de la peaufiner. Il est souvent conseillé de faire la mise au point à l’œil, avant de mettre en place l’APN devant l'oculaire. Ceci ne sert absolument à rien, et fait perdre du temps. En effet, vous réglez la mise au point à votre œil mais votre APN ne voit pas les choses de la même façon, et de toute façon ajustera les choses avec l'autofocus.
Même si l’autofocus est débrayable sur l’APN, je conseille de le conserver, car faire la mise au point manuellement sur l’écran de l’APN est impossible, la définition de ceux-ci n’étant pas assez bonne. Avec beaucoup d'appareils il est nécessaire d'enclencher le mode macro, ce qui permet une mise au point beaucoup plus précise à coup sur.
Par contre il faut absolument garder le contrôle de l’autofocus de l’APN. Par défaut les APNs choisissent sur quelle partie de l’image faire la mise au point. En général il y a au moins un mode « central » sur les APN, qui permet de n’utiliser que le collimateur central pour faire la mise au point. Ce mode est préférable, même si il reste assez imprécis. Pour faire la mise au point, il faut ensuite dans l’idéal centrer sur la tête de l’oiseau, afin d’effectuer la mise au point sur celle-ci. Ensuite, rien n’empêche de modifier le cadrage avant d’appuyer à fond pour prendre la photo.

Pour quel grossissement opter

Si vous n’utilisez pas un oculaire fixe 30 fois grand angle, vous aurez avec tous les zooms au minimum du vignettage sur l’image. Il est alors nécessaire de zoomer avec la longue-vue ou avec l’APN pour éliminer ce vignetage. Celui-ci est éliminé du champ rapidement en utilisant un peu le zoom de l'APN. En utilisant celui de la longue vue, il disparaît seulement au delà d'un grossissement de 45 fois dans mon cas. Je conseille donc d’utiliser le zoom de l’APN, après de multiples essais je n’ai pas détecté la moindre différence de qualité d’image suivant que l’on sollicite l’un ou l’autre. Ensuite, pour avoir des images de très bonne qualité, il faut solliciter le zoom le moins possible. Dans mon cas, avec le zoom de la longue-vue à 20 fois et celui de l’APN (8-24mm) à 12 mm, je n’ai plus de vignettage et le grossissement équivaut déjà à une focale d’un peu plus de 1000 mm en argentique, ce qui est énorme. Mais il est vrai que la mésange à 20 mètres parait bien petite sur l’écran ! Et oui c’est là qu’on se rend compte de la nécessité de savoir s’approcher des oiseaux, même avec de telles focales (imaginez le photographe qui travaillait en argentique au 500 mm, il avait un grossissement 2 fois moindre !!!). Bien sur, on peut zoomer davantage pour rapprocher cette mésange, si elle n’est pas encore partie. Mais dans ce cas, il y a une perte au niveau de la qualité de l’image et de la quantité de lumière reçue.

> Haut de page